GESTES RESPONSABLES

Un éden de biodiversité

Publié en mai 2026

Un gazon parfaitement tondu, des haies de thuyas uniformes… Les aspirations humaines semblent souvent à l’opposé des besoins de la faune et de la flore, mais il existedes exceptions. Visite d’un jardin pour le moins inspirant.

Discrètement niché dans un quartier résidentiel de Vernier, le jardin de Christina Meissner regorge de vie. « Ouvrez l’œil et tendez l’oreille », glisse la biologiste de formation en nous accueillant. A peine quelques pas, et un lézard des murailles se prélasse déjà au soleil. Il observe en réalité plusieurs abeilles sauvages solitaires affairées autour de roseaux à tiges creuses où elles aménagent leurs cellules de nidification. Plus loin, un petit étang abrite une espèce, indigène, le triton alpestre. « Et regardez là-haut ! Vous avez vu l’écureuil ? » s’amuse celle qui est aussi présidente du Bioparc de Genève et députée au Grand Conseil.

Au fil des années, Christina Meissner a métamorphosé son jardin en un véritable sanctuaire de biodiversité. Un écrin de rêve qui accompagne son centre de soins pour les hérissons. Un animal pour lequel la préservation et le renforcement de la nature en milieu bâti sont vitaux.

Entre prairies fleuries, bois mort et petits points d’eau, Christina Meissner cultive un véritable refuge pour la biodiversité.


UNE MOSAÏQUE D’HABITATS


« La clé, c’est de multiplier les biotopes », explique-t-elle. Prairie fleurie, arbres, arbustes, pierrier, amas de bois mort... Autant d’aménagements qui, ensemble, forment une mosaïque d’habitats. Cette diversité offre gîte et couvert à une multitude d’insectes et, par extension, à d’autres animaux dont de nombreux oiseaux.


Certaines espèces ont d’ailleurs besoin de plusieurs milieux au cours de leur vie. Les amphibiens, par exemple, nécessitent un point d’eau pour se reproduire, des zones végétalisées pour s’abriter et des branchages pour hiberner. « Il faut aussi veiller à maintenir des passages entre les milieux afin de permettre aux espèces de circuler », précise Christina Meissner. Dans son jardin, quelques ouvertures ont ainsi volontairement été laissées dans les grillages afin d’assurer la connectivité avec les jardins de ses voisins.



LAISSER VIVRE LA VIE


A l’arrière de la maison, un long mur mène au garage. Sur le béton, une mousse verte s’est développée, offrant un refuge à des dizaines de petits escargots. « Si je l’avais retirée, il n’y aurait tout simplement pas de vie ici », souligne-t-elle. Dans son jardin, les prairies ne sont fauchées qu’une fois par an, et les résidus végétaux restent sur place, tout comme les feuilles mortes. « En forêt, personne ne les ramasse, et pourtant elles disparaissent au printemps. C’est parce que de nombreuses espèces s’en nourrissent et en dépendent. C’est tout un écosystème. Moins on intervient, plus la biodiversité s’enrichit. » 

 

 

ET SUR UN BALCON ?

Même en ville, un balcon peut devenir un véritable îlot de biodiversité grâce à quelques aménagements simples.

Miser sur des plantes mellifères, à floraison échelonnée, permet d'offrir nectar et pollen tout au long de la saison. Parmi elles : lavande, thym, origan, sauge des prés, bleuets, menthe, asters ou sedums.

Créer un coin « sauvage », composé de feuilles sèches et de tiges fanées laissées en place durant l'hiver. Il offrira un abri précieux aux insectes auxiliaires et aux larves de coccinelles.

Un point d'eau peu profond (3 à 4 cm), garni de cailloux ou de billes d'argile, permet aux insectes de s'hydrater sans risque de noyade. Veillez à renouveler l'eau de l'écuelle tous les deux à trois jours afin d'éviter la prolifération de moustiques.

Quels végétaux pour son jardin ?


Planter n’est pas qu’une question d’esthétique. Pour favoriser la biodiversité, les spécialistes encouragent le choix d’espèces locales et diversifiées. Les particuliers sont aussi invités à renoncer aux haies uniformes et à certaines plantes problématiques.

Longtemps éclipsées des jardins, les essences indigènes reviennent en force. Pas par nostalgie, mais parce qu’elles supportent mieux les conditions locales, nécessitent souvent moins d’entretien et offrent gîte et nourriture à la faune.


Des essences au service de la biodiversité


Dans son guide pour des haies indigènes, le canton de Genève recommande la plantation d’espèces comme le charme, le houx, le troène, le cornouiller sanguin ou encore l’aubépine. En plus d’être mieux adaptées à notre climat, ces végétaux permettent de créer de véritables habitats et corridors écologiques. Ils fournissent par exemple un refuge à de nombreux petits animaux comme le pinson, le chardonneret, le hérisson, le ver luisant ou encore le bourdon.

Pour encourager la plantation de ces essences, certains cantons, à l’image de Genève, proposent même des subventions pour le remplacement d’une haie non indigène ou la mise en place d’aménagements favorables à la biodiversité.

Les classiques devenus indésirables


À l’inverse, certaines plantes très répandues ces dernières décennies sont aujourd’hui déconseillées. Les thuyas, véritables « murs végétaux » omniprésents, sont par exemple critiqués pour leur faible valeur écologique et leur structure compacte peu propice à la biodiversité.

Le laurier-cerise illustre également ce revirement. Longtemps prisé pour son feuillage persistant et sa croissance rapide, il est interdit à la vente en Suisse depuis septembre 2024 en raison de son impact sur les milieux naturels et de sa capacité à se propager hors des jardins. C’est également le cas de l’herbe de la pampa, aussi appelée « roseau à plumeau », classée parmi les pires espèces invasives.

D’autres espèces sont sur liste noire, comme l’ambroisie, la renouée du Japon, l’impatiente glanduleuse, la berce du Caucase, le robinier faux-acacia ou l’ailante. En se propageant rapidement, elles menacent directement les espèces végétales indigènes. Pour freiner leur expansion, les autorités genevoises demandent de les signaler et de les éliminer dès leur apparition.


Des outils pour bien choisir


Aujourd’hui, plusieurs plateformes proposent des outils interactifs pour sélectionner des plantes adaptées à son jardin ou à son balcon. C’est notamment le cas de Floretia, où il suffit d’indiquer son code postal et quelques caractéristiques pour obtenir des recommandations ciblées.

Mais rien ne remplace pour autant les conseils d’un jardinier ou d’un pépiniériste, qui pourra orienter chaque particulier vers les espèces les plus adaptées à son environnement.

Le jardin du centre de soins peut être visité de mai à octobre sur inscription : https://www.christinameissner.com/nature/sos-herissons/visiter/