Ère magazine, édition août 2021

15 La Semaine du Goût 2021 à la sauce genevoise, cela donne quoi ? Le Mois du Goût. Et pas seulement en raison des res- trictions liées à la Covid-19, mais avec l’idée d’ancrer sur le long terme la sensibilisation au goût, au bien manger, au local et à la durabilité. Depuis quelques années, Genève implique aussi les restaurateurs — et elle est la seule ville à le faire — dans la Semaine du Goût. Du 16 septembre au 16 octobre, une soixan- taine de restaurants, y compris des établissements situés en campagne, proposeront des plats à base de produits de la région. Dans l’idéal, les cartes des res- taurateurs genevois devraient toujours comporter ce type de menu. C’est une autre manière d’encourager l’éducation au goût. Le rapprochement entre la ville et la campagne occupe aussi une place de choix au menu de cette édition. Pour quelles raisons? Jusqu’à présent, c’était surtout la Ville qui portait l’évé- nement. Nous avons souhaité rétablir un équilibre en faisant davantage appel aux communes, ce qui permet du même coup de mieux faire connaître la campagne genevoise. Contrairement à une idée reçue, celle-ci oc- cupe 50% du territoire. Notre démarche rejoint celle de l’Etat qui mène toute une série de projets destinés à rapprocher la ville de la campagne. Je pense entre autres au développement de fermes urbaines, telles que celles de Budé, des Vergers à Meyrin et du Lignon, ou encore au fait d’inciter les citadins à installer des potagers sur leur balcon. Nous profitons de la visibili- té offerte par la Semaine du Goût pour casser l’image courante et réductrice de Genève assimilée à une ville-canton internationale. Quelle définition donnez-vous du bien manger ? C’est manger sainement, équilibré et avec du plaisir ! Cette dernière notion participe pleinement à la sensi- bilisation au goût. Elle est d’ailleurs mentionnée par la charte de la Semaine suisse du Goût qui précise que «manger est un temps pour nous ressourcer et nous faire plaisir ». Le bien manger est-il accessible à tous? J’en suis convaincue, moyennant quelques efforts et un peu de savoir-faire. Cuisiner avec des produits frais et locaux ne revient pas plus cher que de réchauffer des plats industriels. Quant à la restauration rapide, elle n’est pas aussi bon marché que ce que l’on imagine. On en a souvent pour 20 francs. Avec le même mon- tant, j’achète mon panier de légumes à la ferme pour la semaine. L’alimentation durable ne se limite pas qu’au fait de consommer local ? Non, elle comprend une autre dimension. Consommer local équivaut à privilégier les produits de la région. L’ali- mentation durable fait référence de manière plus large aux modes de production respectueux de l’environne- ment, à la santé des consommateurs, à une rémunéra- tion juste des producteurs et au respect des conditions sociales pour les acteurs de la chaîne alimentaire. Elle ne concerne donc pas uniquement la nourriture. De quelle façon la pandémie a-t-elle modifié le rapport au goût des Genevois? Ils ont pris conscience que des fermes existaient à Genève et qu’il n’était pas nécessaire de passer la frontière pour aller s’approvisionner. Ils ont (re)décou- vert qu’ils pouvaient cuisiner sainement, ont pris le temps de le faire et de partager des repas en com- mun. La convivialité qui naît autour de la table reste une composante essentielle du goût. De leur côté, les producteurs sont allés bien davantage à la rencontre des consommateurs. Ils ont revu leur communication et ont adapté leur offre. Après la levée des restrictions, ils ont gagné environ 10% de clientèle supplémentaire. Vous avez initié la cuvée Genève Ville du Goût. Quelles étaient vos motivations? Il s’agissait avant tout d’imaginer un projet fédérateur mettant aussi en avant des femmes, de créer des échanges et, bien sûr, de valoriser un terroir en mon- trant que Genève produit aussi du vin de qualité. Avec ses 438 hectares de vignes pour 1115 hectares de sur- face agricole utile, Satigny est la plus grande commune viticole de Suisse ! Selon quels critères a été élaborée cette cuvée à laquelle ont contribué quatre vigneronnes genevoises des Artisanes du Vin, dont vous êtes l’ambassadrice ? La ligne directrice était d’obtenir des vins de plaisir à déguster dans la saison, c’est-à-dire de sélectionner des cépages aux arômes frais et fruités, qui s’accordent autant avec un apéritif qu’en mangeant. L’initiative a rencontré un succès inespéré. Des privés, des restau- rateurs et la Ville de Genève ont rapidement comman- dé leurs flacons. Il a fallu quadrupler le nombre initial de bouteilles prévues pour arriver à 2000 blancs, 2100 rouges et 1300 rosés. Ce projet a été grandement sou- tenu par les partenaires que sont la Ville de Genève, Genève Tourisme et l’AGPG. «Jusqu’à présent, c’était surtout la Ville qui portait l’événement. Nous avons souhaité rétablir un équilibre en faisant davantage appel aux communes. » Brigitte Turin, Présidente de l’Association genevoise pour la promotion du goût (AGPG) Sur notre application: le programme du Mois du Goût ainsi que les coups de cœur du terroir de Brigitte Turin

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